
Massimo Busacca a-t-il été victime d’une cabale politique?
Vu ses états de service, le directeur de jeu suisse pouvait espérer diriger la finale. Il a été prié de rentrer à la maison…
Massimo Busacca avait à la fois accordé un penalty à l’Uruguay et expulsé Itumeleng Kuhne, le gardien sud-africain, le 16 juin. Une décision qui lui vaut un retour anticipé en Suisse.
Massimo Busacca n’aura pas l’honneur de diriger la finale de la Coupe du monde comme il pouvait en caresser l’espoir. Et pour cause: il a été informé hier qu’on n’avait plus besoin de son sifflet en Afrique du Sud! La nouvelle de son éviction divulguée, le Suisse se refusait à toute interprétation hâtive. «Je ne m’exprimerai pas tant qu’on ne m’aura pas expliqué le pourquoi de cette décision», se bornait-il à déclarer.
Quelques heures plus tôt, l’arbitre tessinois s’était prêté de bonne grâce à un entraînement «portes ouvertes» organisé par la FIFA. Sur un campus champêtre, planté dans l’immense banlieue de Pretoria, les vingt-quatre hommes en noir encore en service avaient chauffé leur sifflet. Ambiance de cours de récréation ou de garden-party. Le coin était discret mais il grouillait de photographes et de journalistes. Plus que jamais, l’arbitrage est un sujet sensible.
On aurait aussi pu se croire sur un plateau de télé-réalité! A qui les huit matches encore au programme? A qui le prestige de siffler la finale? Même s’il fronçait un peu les sourcils, signe de contrariété chez lui, Massimo Busacca pouvait-il se douter qu’on allait bientôt le jeter dans la charrette des exclus, des déchus? Embarrassé, il se demandait surtout pourquoi il n’avait officié qu’une seule fois depuis le début du tournoi. Une fois de trop?
Le titre honorifique de meilleur arbitre du monde
«Un match en dix-neuf jours, c’est ma foi fort peu. Que puis-je y faire? J’attends, je ne sais pas trop ce que les convocateurs ont dans la tête. Je suis comme un joueur. Je suis impatient, j’ai envie d’être sur le terrain. Et pas seulement ici à faire des exercices», confiait-il.
La saison passée, le Tessinois de Monte Carasso avait dirigé la finale de la Ligue des champions et reçu le titre honorifique de meilleur arbitre du monde. Pour lui, la finale du Soccer City pouvait devenir l’apothéose d’une carrière internationale commencée en 1999, déjà riche de trois matches de Coupe du monde en 2006. S’il n’en faisait pas une obsession, il reconnaissait qu’«aller le plus haut possible» était son objectif. «Mais attention, dans notre corporation, on est tous solidaires. Personne ne compte sur les erreurs des autres pour faire gagner ses intérêts. J’en ai commis moi aussi et j’en commettrai encore. L’arbitrage est humain, il n’est pas infaillible.»
En arbitrant le match Afrique du Sud – Uruguay, a-t-il commis lui aussi l’irréparable, comme l’Uruguayen Larrionda ou l’Italien Rosetti? Une chose est sûre, le penalty accordé à la Celeste et le carton rouge brandi sous le nez de Khune avaient provoqué une véritable tempête. Ulcéré, l’entraîneur Carlos Alberto Parreira l’avait traité de «pire arbitre jamais rencontré» et «invité» la FIFA à le renvoyer à la maison. Il faut croire qu’il a été entendu…
«Je suis serein, répondait hier Massimo Busacca, en paix avec ma conscience. Moi, ce n’est pas mon style de critiquer. Sur le terrain, je n’ai qu’un souci, montrer mes valeurs. Lors de ce match, je ne crois pas m’être trompé.» Aux déclarations d’intention de Sepp Blatter, déterminé à rouvrir le débat sur l’arbitrage vidéo, il s’était tenu à un devoir de réserve. «C’est sûr, il y a beaucoup de brouillard sur cette Coupe du monde. Je compte sur nos dirigeants pour prendre les bonnes décisions. Moi-même, je ne crois pas en la technologie, je crois en l’homme.»
© KEYSTONE PASCAL BORNAND pour “24 heures”
J’espère que la FIFA nous apportera des éclaircissements sur ce renvoi qui est tout de même incompréhensible.